Le référendum de 1980

Le premier mandat de Lévesque n’a pas manqué d’audace.  Plusieurs des questions qui fatiguaient René Lévesque sont au menu dont la Loi sur le financement des partis politiques et la Loi de l’assurance automobile, celle-ci pilotée par Lise Payette.  Cette loi change complètement le paysage de l’assurance automobile au Québec et, bien sûr, les compagnies d’assurances et les avocats crient au meurtre! Le gouvernement prend en charge l’indemnisation des victimes laissant la ferraille aux assureurs privés.  Les poursuites judiciaires pour des sommes faramineuses sont terminées, les indemnisations sont déterminées et payées par le régime.  Les businessmen sont toujours de mauvaise humeur quand ils ne peuvent plus vider les poches du peuple.

En 1978, la Sun Life, une entreprise qui fait la fierté des Montréalais et de beaucoup de Québécois annonce qu’elle quitte Montréal pour Toronto.  Son imposant édifice a longtemps symbolisé la ville.  Propagande oblige, la compagnie invoque la Loi 101 pour justifier son choix.  Le mensonge est gros, car ce déménagement est voulu depuis longtemps par la direction dans la foulée du déplacement du centre économique de Montréal vers Toronto depuis l’ouverture de la Voie maritime du Saint-Laurent.  On fait d’une pierre deux coups.  On sert ses intérêts corporatifs et l’on fait un coup de propagande magnifique pour les fédéralistes.  Il y a un référendum sur l’avenir du pays qui se prépare et tous les coups sont permis.

C’est ensuite le référendum de 1980 qui retient toutes les attentions de ce premier mandat.  René Lévesque, dans le souci d’un démocrate qui ne veut bousculer personne, estime à raison que le saut vers une indépendance pure et dure, claire et nette, est un saut trop grand pour la majorité des Québécois.  Il propose donc, non pas un saut, mais un cheminement, non pas vers l’indépendance, mais vers la souveraineté-association.  À trop vouloir préparer les esprits, à trop vouloir être claire, il embrouille et donne des armes à l’adversaire qui saute, sans hésitation dans la mêlée, car il sait que sa survie en dépend.  La question référendaire est longue et farcie d’explications :

«Le Gouvernement du Québec a fait connaître sa proposition d’en arriver, avec le reste du Canada, à une nouvelle entente fondée sur le principe de l’égalité des peuples; cette entente permettrait au Québec d’acquérir le pouvoir exclusif de faire ses lois, de percevoir ses impôts et d’établir ses relations extérieures, ce qui est la souveraineté, et, en même temps, de maintenir avec le Canada une association économique comportant l’utilisation de la même monnaie; aucun changement de statut politique résultant de ces négociations ne sera réalisé sans l’accord de la population lors d’un autre référendum; en conséquence, accordez-vous au Gouvernement du Québec le mandat de négocier l’entente proposée entre le Québec et le Canada?»

Pour moi, elle est claire.  Tortueuse, mais claire, d’autant qu’elle est connue longtemps à l’avance.  Eût-elle été plus courte, on l’aurait dite trop courte.  L’adversaire se sert de tout, c’est de bonne guerre.  Pour le citoyen moyen, je ne sais pas.  Ce qui est sûr est qu’on déplace des montagnes, chez l’adversaire, pour la décrire comme incompréhensible.

René Lévesque a poussé la prudence jusqu’à ne demander qu’un mandat pour négocier, promettant de soumettre les résultats de ces négociations à un nouveau référendum.  J’étais parfaitement d’accord, convaincu que j’étais de la frilosité des Québécois.  Avant de le faire sauter en bungee, il n’est pas inutile de préparer le client.  La part était trop belle pour les fédéralistes : «Quoi, négocier! Nous ne négocierons jamais la destruction du Canada!» — «Quoi, utiliser la monnaie canadienne? Nous ne le permettrons jamais!»  Et les Trudeau, les Chrétien et les Claude Ryan de vomir leur fiel sur le Québec.

Pour moi, de tels arguments étaient ridicules.  Tant pis si tu ne veux pas négocier.  Je déclare mon indépendance unilatéralement, je te laisse avec ma part de dette et je garde tes actifs sans compensation.  Tant pis si tu ne me permets pas d’utiliser ta monnaie.  C’est déjà la mienne, nos poches en sont pleines et si je la dompe sur le marché mondial en échange pour une autre, ton économie est en ruines!  Tu vas me supplier de la garder, ta monnaie.

Alors que les règles du jeu limitent les dépenses référendaires pour les deux camps, celui du non est, bien sûr, appuyé par le Fédéral et l’on s’en donne à cœur joie.  Toutes les pubs canadiennes de tous les ministères sous toutes leurs formes et dans tous les médias se transforment en pubs référendaires.  Le Québec en est bombardé et il semble que même les chèques d’allocations familiales s’accompagnent de dépliants vantant les bienfaits du fédéralisme.  Au Canada, c’est le bordel.  Les groupes s’organisent, manifestent et s’égosillent.  Honni soit le Québécois, ce monstre raciste qui ose vouloir défendre sa culture contre la marée anglophone et prétend pouvoir se gouverner tout seul! Les symboles en prennent pour leur rhume.

Trudeau est un grand orateur.  Il sait choisir ses mots.  Il sait séduire la foule.  Il fait un grand discours.  Il se sent soudain la prestance d’un Winston Churchill, d’un Charles de Gaulle, d’un Jules César! Dans une grande envolée, on ne pense plus ce qu’on dit, on ne dit plus ce qu’on pense, on s’abandonne à l’éloquence.  Le mensonge est beau.  Le mensonge est gros! Il promet de chambarder la constitution canadienne, sans dire comment.  Il juge par tous les dieux de l’Olympe que sa parole est d’or et, en guise de gage indiscutable, il met son siège en jeu.  Séduits, les canadians applaudissent, rassurés.  Rassurés, les Québécois frileux applaudissent, séduits.  Le non l’emporte avec une large majorité.  Le Canada est sauf!

On s’attend maintenant à de grands changements.  Parole de Trudeau, de grandes choses se préparent.

Es-tu fou?

Le Canada est une créature britannique.  Il n’y avait pas de Constitution canadienne.  Il n’y avait que le British North America Act de 1867 et, chaque fois que le gouvernement canadien veut le modifier, il doit faire un pèlerinage en Angleterre et le faire amender par le gouvernement anglais.  La Cour Suprême du Canada intervient dans le dossier et indique un parcours pour y parvenir.  Nous ne saurons jamais les dessous de l’affaire.  Il semble que le très honorable juge en chef Bora Laskin se serait prêté à des jeux de coulisse pas très catholiques.  Trudeau tente donc de s’entendre avec les provinces dont un Québec récalcitrant.  Pendant que la délégation du Québec est rentrée à son QG pour la nuit, le fourbe Jean Chrétien s’entend séparément avec les autres Premiers ministres provinciaux.  C’est la Nuit des Longs Couteaux.  Le Québec est écarté de l’entente.  Le rapatriement de la Constitution se fera. Le Québec ne la signera jamais.

 

Édouard Dugas

ed-mr.ca

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