Saint-Émilion

Plus casanier que moi, c’est difficile à trouver.  Plus curieux, plus énergique que Réjeanne, c’est encore plus rare.  Dès qu’il fut question d’un voyage à Bordeaux, elle avait derrière la tête d’y aller faire un saut.  Moi, bof !  Je préfère qu’on m’apporte à domicile ce que j’ai à voir et laisser aux autres la liberté de trotter.

Ce fut ainsi.  Son taxi, réservé la veille, est arrivé à l’heure dite.  Dans le cadre de la porte depuis cinq minutes déjà, elle le vit arriver au bout de la rue et son état d’excitation s’est remonté d’un cran.  Vivement, la gare…   Vivement, Saint-Émilion !

Il est probable qu’elle y était déjà quand je me suis réveillé. La veille, nous avions convenu qu’elle partirait tôt. Nous avions convenu que je resterais couché. Aussi, avions-nous encore convenu qu’elle me raconterait, en paroles et en photos, son expédition, à son retour, le soir même.

Ainsi fut-il.

Elle a ramené un trésor de souvenirs, qu’elle s’est essoufflée à partager.

La gare de Saint-Émilion est à une quarantaine de minutes de Bordeaux.  Ce qu’il faut savoir, c’est que le village est à plus d’un kilomètre de sa gare.  On a donc le choix de s’y rendre à pied ou en tuk-tuk et d’en revenir de la même façon.

On descend à l’Office du tourisme place des Crénaux et, Réjeanne étant Réjeanne, elle est tout de suite happée par sa curiosité et se perd dans les rues étroites du village.  Une vieille au regard suspect occupée à son tout petit jardin en bordure ne semble pas heureuse de ces touristes au nez fourré partout.

La commune est minuscule et il suffit de deux pas pour en être sorti.  Sur l’avenue de Verdun, les Grandes Murailles, tout ce qui reste de ce qui fut autrefois un immense monastère dominicain du XIIe siècle se dresse en face de vous, coincé entre le chemin et un vignoble aux lignes parfaitement droites.

Demi-tour et retour vers le centre, pour atteindre la petite place de l’Église Monolithe par une côte périlleuse. Il faut s’agripper à une rampe en plein milieu de la ruelle au risque de perdre pied et se casser la gueule.

La descente terminée on s’émerveille de cette structure taillée à même la roche aux allures aussi rudes qu’on imagine les mains et les visages de ceux qui l’ont ciselée il y a près d’un millénaire.

Mine de rien, de rue en ruelle, attirée par les grands crus, Réjeanne se retrouve à l’est du hameau, tout près du Château la Clotte, inaccessible aux curieux.

Le muret sur lequel elle s’appuie longe le village en direction sud et on voit à quel point les vignobles l’embrassent et la serrent comme autant de bras riches et verdoyants.

Tout près, la porte Brunet est si vieille qu’on peut imaginer Aliénor d’Aquitaine en train d’y transiter.  Elle fait partie de fortifications qu’on aurait construites au XIIe siècle, plus pour impressionner que pour la protection des habitants.

On sait aussi que ces portes étaient une source de revenus importants car, qui voulait y passer, devait verser une taxe au seigneur des lieux.  Quand on voit la richesse des terres tout autour, on conçoit facilement celle des gros bonnets qui la possédaient.

Avant de repartir vers Bordeaux, on doit refaire son chemin à travers le village et, du belvédère de l’Église Monolithe, la tour du Roy n’échappe à personne.  Ce donjon moyenâgeux aurait été érigé en 1224 ou en 1237, soit par Louis VIII ou par Henri III Plantagenet.  Aliénor était décédée depuis 1204.

Un ultime coup d’œil aux rues et ruelles, plus pittoresques les unes que les autres, une dernière chance pour acheter sa bouteille de vin ou sa douzaine de canelés typiques du Bordelais, et c’est à bord du tuk-tuk qu’on s’en retourne à la gare.

Les chauffeurs sont aimables et accommodants pour leurs passagers.  L’élégant Château Fonplégade saisit le regard du photographe ?  Qu’à cela ne tienne !  Le tuk-tuk s’arrête, on peut prendre son temps et choisir le meilleur angle pour faire ses images.

Plus tard, Réjeanne apprendra que son guide, un résident du coin, est professeur d’histoire et occupe ses étés à instruire les touristes, autant pour le plaisir que pour arrondir ses fins de mois.

C’est fait !  On rentre à Bordeaux.

http://ed-mr.ca

2 réflexions sur « Saint-Émilion »

  1. SUPER
    un joli condensé pour une belle balade accompagnée de superbes photos cela donne envie d’aller y faire un tour bisous a vous

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