Le Bistrot

Bref passage à Bordeaux

Rue Paul Louis Lande, numéro 61, en face de la petite Église Orthodoxe Saint-Georges à Bordeaux.  Nous sommes arrivés il y a quelques heures, la fatigue nous ronge, mais il nous presse de respirer l’air d’une ville nouvelle.

Priorité : trouver une épicerie et mettre au frigo de quoi éteindre une faim éventuelle puis, pour celle qui nous brûle déjà l’estomac, dénicher un resto pour l’assouvir.

Street view dans Google Earth nous donne envie de la place de la Victoire, à quelques minutes de notre petit logement. Juste en face de l’université, le café Auguste nous semble offrir une table raisonnable. À notre arrivée, elles sont déjà largement occupées par une horde bruyante de jeunes étudiants et étudiantes aussi animées les unes que les autres. La bière coule à flots. Nous pensons être les seuls souhaitant consulter un menu.

Tel un champion du patin artistique, un garçon à l’air bourru se promène adroitement entre les tables. Il porte un smart phone dans la main droite, une serviette sous le bras et un plateau, périlleusement balancé au bout des doigts de sa main gauche, chargé de verres et de bouteilles qui risquent à chaque instant se retrouver en miettes sur les pavés de la place.

On demande à voir la carte. D’un geste de tête, il indique le tableau noir appuyé près de la porte avant de disparaître à l’intérieur.  Réjeanne me regarde en rigolant tout en cherchant à nous débarrasser des cendriers qui encombrent notre petite table, les refilant à une table voisine. Un coup d’œil autour nous convainc qu’on fume encore beaucoup en France. Manger sur la place devient un avantage. Point de fumée mais quel vacarme !

Réjeanne se risque avec un hamburger d’Auguste qu’elle trouve acceptable mais mon pavé de bœuf grillé avait, par ma faute, la résistance d’une semelle de botte. Je n’aime pas voir du sang dans mon assiette et je suis convaincu que le chef fait toujours de son mieux avec ce qu’on lui commande. Ma consolation, la surface bien rissolée avait un goût de rôti qui me plaît. Avec les trois dents qui me restent, j’ai fait mon possible pour passer à travers. Arrosé d’un verre de vin, suivi d’un expresso, le tout finit par descendre. Tout primitif que je sois, je n’aime pas la viande crue.

C’est au retour que nous avons appris l’existance de la rue piétonnière Sainte-Catherine. Elle court, en ligne droite, sur plus d’un kilomètre, entre la place de la Victoire et celle de la Comédie, près du monument aux Girondins et l’immense place des Quinconces. C’est un parcours à faire de bout en bout, au moins une fois, si vos jambes tiennent le coup et si vous réussissez à esquiver les jeunes qui s’y promènent en masse, à pied comme à bicyclette, le nez collé à l’écran de leur smart phone. Je trouve que le risque en vaut la peine.

Malgré son attrait, nous prenons sur la gauche, suivant les rails de l’omniprésent tramway jusqu’à une petite ruelle, débouchant à côté de la vieille église. Un arrêt dans une supérette pour quelques provisions et la nécessaire bouteille de vin, notre première journée est terminée. Nous rentrons au Bistrot.

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