Un long calvaire commence !

Succéder au flamboyant Lucien Bouchard n’est pas chose facile.  C’est à Bernard Landry qu’incombera cette tâche au mois de mars 2001.  À part sa paix des Braves que je connais mal, je n’ai pas de souvenirs marquants de son mandat.  Rappelons qu’à partir de 2001, avec l’attaque du WTC à New York, ce sont ses séquelles et les inepties de George W. Bush qui retiennent l’attention.  En 2003, il perd le pouvoir aux mains du p’tit blond d’Ottawa.  En 2005 il quitte la politique active après un vote de confiance au sein du parti, vote qui lui apporte le soutien de plus de 75 % des délégués.  Je ne le croyais pas aussi orgueilleux que Lucien Bouchard.  Je n’ai jamais compris son choix.

Jean Charest remporte donc les élections provinciales du 14 avril 2003.  C’est le grand retour de la corruption, collusion, forme moderne du duplessisme, amputé du nationalisme qui faisait la renommée du triste fondateur de l’Union nationale.  Charest est allé à la bonne école.  Il a été en formation intensive sous Jean Chrétien durant le référendum de 1995.

Tout conservateur qu’il soit, Charest est plus préoccupé par sa gloire et son enrichissement que par les idéologies politiques.  J’en veux pour preuve la vitesse à laquelle il passe de conservateur à libéral quand le Parti libéral du Québec se tourne vers lui pour succéder au terne Daniel Johnson à qui on montre la porte en 1998.

À Ottawa, libéraux et conservateurs fédéraux ne font qu’un lorsqu’il s’agit de lutter contre les souverainistes du Québec.  Entre 1997 et 2003, dans une incessante campagne de lavage de cerveau, on dépense à qui mieux mieux en publicité fédérale.  Les amis fédéraux empochent illégalement des millions de dollars.  Ça se terminera avec la commission Gomery (2004-2005) qui n’y changera pas grand-chose sauf rendre célèbres les noms de quelques belles crapules.

Charest y avait déjà goûté ayant dû, dans ses jeunes années, démissionner de son poste de ministre lorsque dénoncé par le juge Macerola pour une intervention intempestive dans l’affaire de l’entraîneur Marc St-Hilaire.  Un jeune talent c’est précieux.  Il sera réintégré au cabinet des ministres à peine un an plus tard et l’affaire sera complètement oubliée.

Charest mange de la politique comme il mange ses céréales et il connaît les rouages des partis comme le fond de son assiette.  La pourriture a mauvaise odeur et on ne peut éternellement empêcher tous les nez de s’en rendre compte.  À travers les années de sa gouvernance, Charest a deux priorités.  Le premier c’est de maintenir et augmenter son emprise sur le pouvoir.  Le second, écraser toute velléité de séparatisme au Québec.  Il est Sherbrookois, tout comme ma mère qui était native de Sherbrooke.  Les Cantons-de-l’Est nous donnent beaucoup d’émules des loyalistes dont les ancêtres ont fui la Révolution américaine pour préserver leur fidélité à la Monarchie britannique.  Charest en est un bel exemple.

Charest place ses hommes partout.  Justice, police, ministères sont confiés à des fidèles qui à leur tour distribuent avantages et contrats susceptibles de garnir la caisse du parti et assurer sa pérennité.  Un coin du tapis qu’il tisse est soulevé par Marc Bellemare en 2010 qui explique alors avoir démissionné comme ministre de la Justice en 2004 après avoir subi des pressions d’individus proches du parti dans la nomination des juges et avoir été témoin d’échanges de mystérieuses enveloppes brunes.

À l’Assemblée nationale, la députée caquiste Sylvie Roy (décédée en 2016) s’égosille à réclamer une enquête sur les révélations des journalistes de l’émission Enquête de Radio-Canada concernant des allégations de collusion et corruption impliquant l’entrepreneur Tony Accurso et la FTQ-Construction.  Rien n’y fait.  Charest se réfugie dans le refus, suggérant qu’il ne s’agit là que d’allégations destinées à détruire des réputations à des fins politiques.  La gangrène se serait installée dans l’attribution des contrats du ministère des Transports, dans certaines villes banlieues de Montréal, à ville de Laval et même au sein de la ville de Montréal.

Mine de rien, à la fin de XXe siècle, début XXIe, si la politique ne change pas, la technologie, elle, est en pleine mutation avec l’apparition du nouveau monde numérique.  De bizarres de machines comme les TRS-80 font leur apparition à la fin des années ’70 et les Commodore-64 au début des années ’80.  Des petits génies apprennent à les faire fonctionner et communiquer entre eux.  D’étranges antennes apparaissent sur le coffre de certaines autos de luxe.  Des mots comme pixel, bits et octets s’introduisent dans le langage populaire.  Le numérique explose et envahit les communications, la photographie et les arts.

Alors que les politiciens pouvaient facilement tout faire dans le secret avant les années ’80, depuis l’arrivée du numérique ils sont constamment sous la loupe.  Les caméras et les micros sont partout.  Sitôt captées, leurs images et leurs paroles sont disponibles et peuvent être immédiatement diffusées de Tokyo à Chibougamau les rendant disponibles universellement en quelques secondes.

Ce n’est pas tout.

Non seulement le citoyen est-il informé (du moins, celui qui le désire) il a maintenant les outils pour réagir.  En 1950, faire connaître ta pensée à ton député tenait du miracle tant le rencontrer était difficile, hors la période électorale bien sûr.  En campagne, il cherchait tout le monde.  Élu, tout le monde le cherchait.  Aujourd’hui, dès que tu apprends la dernière connerie sortie de sa bouche, tu sors ton cellulaire et avec Twitter, Facebook ou par courriel, il reçoit en pleine gueule l’expression de ta colère.  Il ne peut plus se cacher.  Il ne peut plus dire qu’il ne savait pas.

Quoique, au lendemain d’une importante tempête de neige il y a quelques jours, il peut essayer encore fuir sa responsabilité et faire payer un routier à sa place.  Commodément, on découvre que l’homme arrêté est recherché pour fraude en Ontario.  Comment se fait-il que le ministère des Transports l’autorisât encore à circuler sur les routes québécoises ?

C’est dans ce contexte du numérique que se déroule la Commission d’enquête sur l’octroi et la gestion des contrats publics dans l’industrie de la construction ou la commission Charbonneau, ou encore la CEIC.

Les grosses bedaines fumant le cigare, buvant le champagne et se faisant dorer au soleil sur pont du Touch ont été vues par tout le Québec.  Quelques gros poissons sont sortis de l’eau mais, comme pour l’iceberg, le plus dangereux reste sous l’eau.  Les requins se cachent au fond quand il y a danger en surface.  Quand tu contrôles la police et la justice, tu peux dormir tranquille.  Pour bien garder le pouvoir vaut mieux ne pas le perdre trop longtemps.

Comme au cours des décennies précédentes, deux forces s’opposent au Québec francophone en 2012.  Le désir de se débarrasser des corrompus.  La peur d’assumer toutes ses responsabilités.  La personne libre et responsable a du mal à souffrir la tutelle, surtout quand elle est imposée contre sa volonté.  La personne qui l’est moins s’y habitue et trouve confortable de laisser les autres décider et choisir à sa place.

Dans le contexte de la survie d’une culture, abandonner la responsabilité de son destin aux autres est néfaste.  L’ethnocide est la destruction d’un groupe culturel par un autre.  En refusant d’assumer toutes leurs responsabilités, nos concitoyens sont en train de créer un mot nouveau pour le vocabulaire français, l’ethnicide, soit la destruction d’un groupe culturel par lui-même, un suicide culturel collectif.

À l’élection du 4 septembre 2012, Pauline Marois devient la première femme à occuper le poste de première ministre du Québec.  Le soir même, un fou furieux, un terroriste fédéraliste tente de l’assassiner.

 

Édouard Dugas

ed-mr.ca

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