Une situation inquiétante

L’agressivité récente manifestée entre la Corée du Nord et les États-Unis m’inquiète.  Quand on a affaire à des gens raisonnables, on peut souhaiter que le bon sens prévale.  Kim Jong-un et Donald Trump peuvent difficilement être qualifiés d’équilibrés.  L’un est fou à lier et l’autre nage en plein délire d’illuminé parvenu.  C’est une recette qui peut facilement tourner à la catastrophe.

Nous ignorons tout des hommes qui entourent Jong-un.  Quand on sert un fou dangereux, on vit dans la terreur et le dirigeant coréen a fait la preuve que sa patience est limitée.  La liste de ses proches assassinés parce que tombés en défaveur est déjà longue.  Ceux qui restent auraient beau être sages, ils ne sauraient avoir l’inconscience de dire la vérité à un chef disposé à les fusiller à la moindre contradiction.

Les proches de Trump n’ont pas à craindre pour leur vie.  Cependant, dans une société capitaliste, perdre son statut est un peu une mort symbolique.  Si ton patron te tient par ton orgueil et ta bourse, autant dire que tu lui es soumis.  Un sursaut de courage du valet peut donner une démission mais c’est rare.  Un accès de colère du boss peut conduire à un congédiement, c’est plus fréquent.  Il restera toujours des suivants fanatiques et inconditionnels pour accompagner un imbécile jusqu’au bout.

Quand des gens puissants se choisissent des courtisans, ils les sélectionnent à leur image.  Jong-un a hérité de ceux du paternel.  Depuis ce temps, il a su y faire le ménage en se débarrassant des indésirables capables de lui tenir tête et s’en choisir d’autres plus dociles.  Les survivants de la succession ne sont pas du genre à prendre des risques inutiles.  Le récent assassinat de son demi-frère en Corée du Sud témoigne de ses inquiétudes, de ses méfiances et de l’extrémisme dont il est capable.

Trump a respecté une coutume bien installée en Occident.  Il a fait maison nette de l’administration Obama et confié les postes les plus importants à des gens qui ont su le séduire ou qu’il connaissait déjà, sans tenir compte de leur expérience politique ni de leur savoir en gestion de la chose publique.  À examiner la brochette qui l’entoure on s’interroge autant sur Trump que sur Jong-un.

À la vice-présidence, il a choisi Mike Pence, ex-démocrate devenu républicain qui a commencé sa carrière en détournant de l’argent de sa campagne pour payer son loyer et son épicerie.  Soulignons que ce n’était pas illégal à l’époque.  Quant à la moralité, on repassera.

Comme Secrétaire d’État, il a choisi Rex Tillerson qui a passé sa vie au service de la pétrolière Exxon.  Tillerson a fait ses débuts au milieu des années ’70 à titre d’ingénieur à la production chez Exxon.  En 2006, ayant gravi tous les échelons de la boîte, il en devient le PDG.  Après un séjour au Yémen, à la fin des années ’90, Tillerson a tissé des liens douteux avec Vladimir Poutine.

On sait que Tillerson et Poutine ont les yeux rivés sur le pétrole arctique et ont signé un accord de 300 milliards $ US à cet effet.  Les sanctions imposées par Obama contre la Russie pour son intervention en Ukraine ont fait obstacle au projet.  Tillerson a donc des intérêts majeurs qui font douter de sa loyauté aux affaires de la nation.  Souvenons-nous aussi que Poutine a décerné la médaille de l’amitié à Tillerson pour ses services en matière d’énergie.  De quoi souder leur relation et raffermir nos soupçons.

Le cabinet Trump est farci de milliardaires aux comportements douteux et au passé inquiétant.  Son ministre de la Santé, Tom Price, ex-député de la Géorgie à la Chambre des représentants, a fait adopter des lois favorisant des industries pharmaceutiques où il détient des actions obtenues à rabais.  On peut se demander pour qui il va travailler dans un gouvernement qui souhaite mettre un terme à Obamacare.

Dans sa garde rapprochée à la Maison-Blanche, c’est pire.  Ils donnent l’impression d’une bande d’incompétents qui se marchent sur les pieds et l’on en soupçonne certains d’avoir comploté avec les Russes dans leurs efforts pour démolir Hillary Clinton et faire élire Trump.  Le général Flynn, son conseiller pour la sécurité nationale, a été contraint à la démission pour avoir « menti au Vice-président » concernant ses tractations avec l’ambassadeur russe à Washington durant la campagne électorale.

Son trio de conseillers les plus proches, Steve Bannon, hurluberlu haut de gamme, Reince Priebus, l’ex-président du Parti républicain et Jared Kushner, son beau-fils adoré, sont à couteaux tirés et les rumeurs de démission sont incessantes.  Ses porte-parole n’en finissent pas de se ridiculiser.  Sean Spicer, son secrétaire de presse, passe de bévue en bévue, obligé qu’il est de se contredire, s’excuser à répétition et défendre les comportements débiles de son patron.  Kellyanne Conway, empêtrée dans ses mensonges autant que celles de son entourage, a inventé l’idée absurde de « faits alternatifs » pour soutenir l’insoutenable devant une presse incrédule.

La Corée du Nord serait une quantité négligeable si elle ne possédait pas l’arme nucléaire et si elle n’était pas appuyée par une des plus grandes et menaçantes puissances du monde, la Chine.  À ce jour, les États-Unis avaient peu de raisons de s’inquiéter.  Récemment, la Corée a ajouté les fusées à portée moyenne à son arsenal.  On s’attend à ce qu’elle s’arme bientôt de missiles balistiques à longue portée.  La côte ouest-américaine devient donc une cible potentielle.  Déjà qu’elle peut facilement atteindre la Corée du Sud et le Japon, la farce n’est plus drôle.  Le danger est réel.

La Chine est dirigée par un homme à la pensée impénétrable.  La Corée du Nord est à la merci d’un fou.  La grande Amérique est entre les mains d’un débile inexpérimenté, mal entouré et émotif.  La Russie est sous le joug d’un oligarque assassin rêvant de restaurer l’Empire soviétique.  Les élections en France et en Allemagne restent imprévisibles.  L’Europe se débat avec une invasion de réfugiés, est sous le choc du Brexit en cours et je n’ai encore rien dit du Moyen-Orient en ébullition.  Il suffirait d’une étincelle pour faire sauter la marmite.  La Corée est un baril de poudre et Trump a la mèche courte.

Je ne me souviens pas d’une situation aussi dramatique depuis la crise d’octobre 1962 où Kennedy s’est affronté à Nikita Khrouchtchev au sujet des missiles installés par les Russes à Cuba.

 

Édouard Dugas

ed-mr.ca

1 réflexion sur « Une situation inquiétante »

  1. Effectivement que c’est préoccupant.

    Deux adolescents, qui possèdent l’arme nucléaire et qui jouent à “la mienne est plus grosse que la tienne”; ça fait peur. Connaissant l’entourage de M. Trump, j’espère de tout coeur qu’il reste quelqu’un dans la machine pour ramener un peu de raison. De l’autre côté, c’est complètement obscur, comme les rues de Pyongyang à la nuit tombée.

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